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Actualités du 1er au 15 avril

Trois rencontres un peu différentes cette quinzaine :

- le mardi 3 avril, une occasion unique de passer un moment avec Larry FONDATION, de retour du festival Quais du Polar à Lyon avant de reprendre l'avion pour les Etats-Unis. Médiateur spécialisé des quartiers difficiles de Los Angeles, il nous a offert en 1995 Sur les nerfs, un exercice romanesque époustouflant de saisie, en instantanés, de ce qui fait la vie, terrible, poignante, souvent désespérante et parfois pleine d'espoir, de ces vies... Désormais disponible en français grâce à notre amie de Fayard Noir.

- le vendredi 6 avril, vous pourrez fêter avec nous la réédition du mythique Voyage imaginaire du russe Léo CASSIL, publié en 1933, interdit de réimpression pendant 20 ans, et en parler avec les éditeurs d'ATTILA, inlassables découvreurs et redécouvreurs de littérature, à qui nous devons notamment d'avoir renoué avec Jacques ABEILLE...

- le jeudi 12 avril (en remplacement de notre nocturne habituelle du vendredi 13 avril, donc), une rencontre avec Jean-Luc MANET, critique rock et auteur, et Emmanuel GROSS, peintre, sculpteur et illustrateur, pour leur Haine 7, et pour découvrir aussi les superbes éditions Antidata, que nous implantons pour l'occasion dans notre librairie.

A très bientôt chez Charybde !

Blue Jay Way

Un thriller américain (!), un bon.

Julien, le narrateur, est un français à New-York. Ayant perdu son père dans les attentats du 11 septembre, il s'acharne à ne pas s'en remettre, avec une passivité qui le caractérisera tout le roman.

Quand Carolyn Gerritsen, l'auteure sur qui il écrit une thèse, lui propose de s'installer à Blue Jay Way, la villa hollywooddienne où vivent son fils et son ex-mari, Julien quitte une existence vide (la sienne) pour devenir le témoin d'une autre (celle de la faune de L.A.).

Officiellement professeur de français pour un jeune homme à la dérive, le narrateur erre entre son ordinateur et la piscine ou la cuisine, entre théories du complot sur le 11 septembre et existences en décomposition accélérée. Si le temps semble suspendu, sur ce niveau de narration, la pourriture est toute proche sous le verni : sexe, drogue, jeux malsains, manipulation, confrérie étudiante, enlèvement...

En parallèle, on suit deux enfances, deux monstres. L'un, rescapé du suicide de sa mère, se sent poursuivi par le diable, passant de HP en HP. L'autre, petit sadique manipulateur, joue l'innocence et torture ses camarades pour les conduire à la folie. On devine qu'à l'âge adulte, ils évoluent près de Julien et de Blue Jay Way. Mais qui ?

Si Julien, et le lecteur, devinent ou soupçonnent beaucoup, rien n'est jamais vraiment acté, rien n'est jamais clair. Sans doute parce que Julien subit l'histoire comme témoin, sans volonté propre, dans un décor où tout est vain et tout est faux. 

Fabrice Colin peint le Los Angeles de Bret Easton Ellis (Moins que zéro), sa décadence et sa vacuité, tout en s'appliquant à y placer tous les codes du thriller américain. Jusque dans le style où l'on croit percevoir des erreurs de traduction avant de se souvenir que l'auteur est français... 

A lire. Parce que c'est bien, voilà.

{... et Charybde 2 est bien d'accord]

Ma dernière création est un piège à taupes

Du mythe de l'ingénieur global au triomphe du marchand fragmenteur, avec l'AK 47 et son inventeur...

Paru en mars 2012, ce court texte (80 pages) est l'adaptation de la pièce radiophonique AK-47 réalisée pour France Culture.

Deux fils, étroitement et brillamment enchevêtrés : d'une part, la vie de l'ingénieur mécanicien Mikhaïl Kalachnikov, inventeur, passionné, patriote fervent, conducteur de char, protégé de Joukov et de Voronov, général sur le tard après avoir été fils de déporté dékoulakisé et fugueur par deux fois (au moins), d'autre part, le destin de sa création la plus célèbre, l'AK-47, symbole du progrès mécanique technique, de la robustesse pensée, des luttes de libération, avant de devenir, dans un de ces tragiques ou ironiques retournements de l'histoire, celui des conflits incessants du capitalisme triomphant et parcellisant, celui des enfants-soldats ivres de drogue et de rage, celui d'une consommation quasiment ultime.

Si Oliver Rohe nous laisse un peu sur notre faim, c'est que l'on sent bien qu'il pouvait nous en dire beaucoup plus, tant ses réflexions sur l'imagination technicienne et les paradoxes du capitalisme marchand, ancrées dans les ordres de Lénine sur la poitrine du vieil inventeur et les nécessités du calibre 7,92, font virevolter nos neurones, entre nombreux sourires et yeux stupéfaits...

(...) et tenteront alors, non sans difficulté, de s'adapter à leur tour aux temps nouveaux qui exigeaient ainsi, pour des raisons de configuration spatiale et temporelle des combats, de stratégie d'attaque et de défense, qu'on règle une bonne fois pour toutes ce terrible dilemme des munitions et qu'on adopte par conséquent un armement individuel inédit. Maintenant nous tenions enfin le nouveau calibre.

À observer maintenant une carte répertoriant pour nous les usines de fabrication, les arsenaux et les centres de stockage, les zones de conflits et les routes officielles ou clandestines de la distribution des armes, de ces quelque cent millions de Kalachnikov certifiées ou contrefaites inondant le marché mondial, sans qu'aucune réglementation et qu'aucun contrôle sérieux ne vienne encadrer leur circulation, leur circulation libre et effrénée, à observer les trajets compliqués et les circonvolutions de ce flux incessant de Kalachnikov sur le marché, il devient encore plus aisé de comprendre que ce fusil d'assaut imaginé par un paysan russe bientôt centenaire n'épargne aucun continent et aucune région, que sa dissémination forme un réseau d'échanges de plus en plus dense et touffu, à l'image de n'importe quelle autre marchandise d'envergure planétaire, d'une boisson gazeuse, d'un téléphone mobile ou d'un produit immatériel. (...) Mais cette impression est évidemment fallacieuse, parce que la marchandise AK-47 ne travaille au contraire qu'à la fragmentation permanente des territoires, à leur fractionnement en portions, en parcelles toujours plus réduites sur le modèle de la guerre civile infinie (...)

Et on n'hésitera donc pas, le cas échéant, à relire l'opuscule sur la route improbable du musée Kalachnikov d'Ijevsk, ou sur celle, un peu plus vraisemblable, de la salle du même nom du Musée d'Artillerie de Petersbourg.

Libraires du mois - Fabrice Pataut (avril 2012)

Thomas PYNCHON, L'homme qui apprenait lentement

Haruki MURAKAMI, Kafka sur le rivage

Clarice LISPECTOR, Le bâtisseur de ruines

Giuseppe TOMASI DI LAMPEDUSA, Le guépard

Witold GOMBROWICZ, La pornographie

Frédéric BERTHET, Daimler s'en va

COLETTE, Mitsou

Poésies choisies

Très beau recueil couvrant l'essentiel des deux "périodes" (avant- et après-guerre) du poète de "Funeral Blues"...

Longtemps relativement peu connu en France, le poète anglais Wystan Hugh Auden a acquis une soudaine renommée suite au succès du film Quatre mariages et un enterrement en 1994, dans lequel Matthew (joué par John Hannah) réalise une poignante lecture du poème Funeral Blues devant le cercueil de son ami et amant Gareth (joué par Simon Callow).

Ce recueil de Poésies choisies, publié en 1968, parcourt presque toute sa carrière prolifique, des poèmes curieusement réalistes, sociaux, voire "techniciens" de son écriture d'avant-guerre, à l'époque de son engagement communisant, jusqu'à ceux d'après-guerre et aux plus tardifs, marqués notamment par sa conversion à la foi catholique et par son partiel rejet du monde et du séculier.

Une poésie d'une richesse nourrie de contrastes soudains, parfois brutaux, d'une ironie souvent cinglante, et d'une culture aux allures volontiers encyclopédiques.

Le contrôle des cols, il le voyait, était la clef
De ce nouveau secteur, mais qui pourrait s'en rendre maître ?
Lui, l'espion de métier, dupe des vieilles ruses,
Était tombé au piège dressé pour un faux guide.


Hors de portée du long bras de la Loi,
Près d'une route maritime,
Des pirates dans leurs repaires insulaires
Observent le code du pirate.


Même si les miroirs devaient lui être odieux pour quelque temps,
Femmes et livres lui apprendraient, avec l'âge,
L'esprit qui pare avec un style désinvolte
Pour tenir les silences à distance et enfermer
Ses manies d'ours en cage dans un sourire mondain.


Mais cet homme ira toujours
En dépit des gardiens, à travers les forêts,
Étranger pour les étrangers au-delà des mers jamais vides,
Demeures des poissons, l'eau qui suffoque,
Ou bien, seul comme un tarier sur la colline,
Près des ruisseaux troués de tourbillons,
L'oiseau hanteur des pierres, l'oiseau inquiet.


Avec une remarquable préface de Guy Goffette et une subtile introduction de Claude Guillot.

Actualités du 15 au 30 mars

En cette période éminemment littéraire qu'est la deuxième quinzaine de mars, nos soirées et rencontres se multiplient, chez Charybde et chez nos amis et associés de Scylla (tout proches, au 8 rue Riesener).

Ainsi :

- vendredi 16 mars à 18 h 30 : rencontre avec Laurent KLOETZER, l'auteur notamment du CLEER que nous avons tant aimé l'an dernier, à l'occasion de la sortie de son nouveau recueil Petites morts.

- samedi 17 mars à 15 h 00 : après-midi "NO MORE PEOPLE", pour discuter autour du "jeu avec les célébrités dans la littérature", avec trois auteurs que l'on adore : Arno BERTINA, Arkady KNIGHT et Mathieu LARNAUDIE (qui pourront ainsi évoquer Johnny Cash, Roger Federer, Keira Knightley ou encore Alan Greenspan, issus de leurs romans respectifs).

- samedi 17 mars toujours, mais chez Scylla à partir de 15 h 00 : rencontre avec Vincent GESSLER à l'occasion de la sortie de son roman "post-cyberpunk" hilarant, Mimosa. Dix minutes à pied entre les deux librairies !

- jeudi 22 mars, chez Scylla à 18 h 00 : rencontre avec Sébastien DOUBINSKY, l'auteur entre autres de la superbe Trilogie Babylonienne, de bref passage hors de sa résidence danoise.

- vendredi 23 mars : nos amis de La Spirale sont de retour, pour évoquer "L'apocalypse qui n'aura pas lieu... (en tout cas, pas comme vous l'entendez), avec Laurent COURAU, Rémi SUSSAN (et son Les utopies posthumaines : contre-culture, cyberculture, culture du chaos) et Laurent QUEYSSI (et son tout nouveau Comme un automate dément reprogrammé à la mi-temps).

- vendredi 30 mars à 18 h 30, Fabrice PATAUT, l'auteur à déguster d'Aloysius et de Reconquêtes, sera notre libraire invité du mois d'avril, et présentera avec l'éclectisme qui le caractérise sept livres qui lui tiennent à cœur.

- et enfin, lundi 2 ou mardi 3 avril (on vous précise ça dès que possible), rencontre avec Larry FONDATION. De passage de son Los Angeles habituel, l'éducateur de rue des quartiers chauds, devenu un incroyable écrivain (son étonnant Sur les nerfs est à lire absolument), nous rendra une petite visite chez Charybde avant de reprendre l'avion le lendemain.

Un programme chargé, que nous espérons alléchant, pour ce début de printemps littéraire.

Comme un automate dément reprogrammé à la mi-temps

Huit nouvelles de Laurent Queyssi, belles relectures de thèmes SF classiques ou bienvenues inventions délirantes !

Paru début 2012, ce recueil de nouvelles de Laurent Queyssi en regroupe sept parues précédemment en revue ou en anthologie, toujours délicates à rassembler pour le lecteur non spécialisé, et une inédite.

On peut ainsi de délecter d'une savoureuse variation sur le No Logo de Naomi Klein, drôle mais aussi sensiblement plus grave qu'il n'y semble au premier abord (Sense of Wonder 2.0), d'une relecture astucieuse du thème des "innombrables univers parallèles", en même temps qu'une méditation sur le temps, la richesse et l'ennui que ne renieraient pas les grands écrivains de l'immortalité (Fuck City), d'un amusant post-scriptum au mythe de Fantômas (La scène coupée), d'un hallucinant entretien avec l'auteur Jane Dick, dont le frère jumeau, Philip, mourut à l'âge d'un mois (707 Hacienda Way), une très belle métaphore réflexive sur la vie réelle et la vie virtuelle, la curiosité et le courage (Rebecca est revenue), une épique transfiguration des Pixies comme héros et héraut de la lutte contre les mauvais extra-terrestres secrets, et pour rien moins que le salut de l'humanité par le (bon) rock (Planet of Sound), et enfin une réécriture, nerveuse et poétique, du thème immémorial en SF qu'est l'arche / vaisseau générationnel, pour un hommage appuyé à l'art de l'invention romanesque et au blues texan et louisianais des années 30 (Nuit noire, sol froid).

La nouvelle inédite, proposant une explication crédible au décevant final de la série Lost, et nous éclairant de manière décisive sur la manière dont se résolvent les conflits entre scénaristes de séries à Hollywood, est un délicieux morceau de bravoure, où tout commence et finit en effet par Pac-Man (Comme un automate dément reprogrammé à la mi-temps).

- On nous a volé notre futur. (Sense of Wonder 2.0)

Mei partageait son sentiment, elle vibrait à l'unisson de cette supplique intense de passion affligée. Elle se sentait à sa place, à présent. À l'endroit exact où elle aurait dû naître. Elle s'accroupit et toucha le sol. Il était froid. (Nuit noire, sol froid)

Je ne sais pas si c'est de me retrouver dos au mur, de sentir sur ma nuque le souffle édenté de la mort, mais c'est à ce moment-là que tout a changé. J'ai senti une transformation. Subite. Brutale. Fondamentale. Comme un changement d'enveloppe. Comme si on m'avait arraché mon humanité et qu'on m'avait permis de réfléchir en 0 et 1 et plus en "je t'aime", "tu me manques" et "je ne me suis jamais senti aussi seul et je vous déteste". (Comme un automate dément reprogrammé à la mi-temps)

Libraires du mois - L'Intermède (mars 2012)

Ken KESEY, Vol au-dessus d'un nid de coucou

Agota KRISTOF, L'analphabète

Brina SVIT, Moreno

Albert COHEN, Belle du seigneur

Henri LOPES, Le chercheur d'Afriques

Jane AUSTEN, Mansfield Park

Francis BERTHELOT, Rivage des intouchables

Actualités du 20 février au 20 mars

À peine passée notre soirée Littérature russe contemporaine, où nous avons pu vous présenter 7 auteurs russes que nous aimons, ainsi que le duo WOODWISE (voix + violoncelle), les événements des prochaines semaines devraient vous enchanter à nouveau :

- le vendredi 24 février, notre libraire invité du mois de mars, le collectif culturel L'Intermède, vous présente 7 de ses livres favoris.

- le vendredi 2 mars, Olivier BORDAÇARRE, l'auteur de l'excellent La France Tranquille, viendra dédicacer, et improviser quelques lectures d'extraits en compagnie de trois musiciens (voix, basse et percussions) !

- le vendredi 9 mars, nos amis de l'association FONDU AU NOIR viendront présenter leurs "thrillers" préférés.

- le vendredi 16 mars, Laurent KLOETZER, que nous aimons beaucoup, et dont vous avez été nombreux à apprécier le CLEER l'an dernier, viendra présenter et signer le tout récent dernier-né de ses romans, Petites morts.

- le samedi 17 mars, "NO MORE PEOPLE" : pour discuter autour du "jeu avec les célébrités dans la littérature", trois auteurs que l'on adore : Arno BERTINA, Arkady KNIGHT et Mathieu LARNAUDIE (qui pourront ainsi évoquer Johnny Cash, Roger Federer, Keira Knightley ou encore Alan Greenspan, issus de leurs romans respectifs) - tandis que Vincent GESSLER et son Mimosa seront tout près, chez Scylla. Une riche après-midi en perspective, non ?

On se réserve la possibilité de vous adresser des flashs d'information dédiés, via le site ou via notre newsletter Abonnés, en cas d'ajouts au programme !

À très bientôt chez Charybde !