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Coups de coeur

La prière d'Audubon

Enfin traduit en français en 2011, chaleureusement recommandé par un lecteur vorace et distingué de notre librairie, le premier roman d’Isaka Kôtarô mérite largement un détour sur des terres proches de celles du Murakami Haruki de Kafka sur le rivage, tout en en étant subtilement différentes.

Le parcours initiatique d’un jeune informaticien japonais, transporté brutalement sur une île « secrète » coupée du reste du pays depuis le début de l’ère Meiji sert de toile de fond à une interrogation profonde sur les relations entre Japon et Occident, à une réflexion intense sur le rôle social de chacun au sein d’une communauté, à une mise en perspective rusée de l’amitié et de l’amour, et même à une semi-parodie du policier psychopathe que ne renierait pas le Kitano Takeshi de la grande époque.

Une réussite éclatante, qui fait espérer que sans tarder, les précieuses éditions Picquier vont entreprendre la traduction de plusieurs autres des onze romans de l’auteur… et ce d'autant plus si la baisse de forme et le début de complaisance de Murakami Haruki, manifestes dans 1Q84, devaient se confirmer.

« « Quand il y a une suite, généralement, les mensonges commencent à s’en mêler. » C’est ce que m’a dit ma grand-mère en sortant du cinéma où on avait été voir ensemble Alien 2. (…) À sa façon de s’exprimer ce jour-là, j’ai conclu qu’elle avait pris Alien, le premier film de la série, pour une histoire vraie. »

 

[... et Charybde 1 approuve...]

Rouge gueule de bois

Avec ce premier roman solo, venant de paraître à La Volte, de Léo Henry, créateur avec Jacques Mucchielli (et l’illustrateur Stéphane Perger) de l’univers post-industriel aux confins désertiques de Yama Loka Terminus et de Bara Yogoï, nous lisons un véritable coup de maître. 246 pages de récit débridé, assorties d’un index alcoolisé aussi surréaliste que jouissif, et de précieuses « notes de conception », pour nous faire partager les derniers jours (imaginés) de l’écrivain (réel) Fredric Brown, bien connu des amateurs de SF, même s’il fut avant tout un producteur de polars, récompensé dès son premier roman en 1947 par le prestigieux prix Edgar Allan Poe.

En 1965, alors qu’Edwin Aldrin s’attelle à la colonisation américaine de la Lune, la fin du monde survient en quelques semaines,… par « dissolution » du réel, dans lequel en profitent pour évoluer plusieurs créations littéraires de Fredric Brown lui-même, et quelques « re-créations » malignes de Léo Henry… L’occasion pour l’écrivain, en compagnie de son nouvel ami Roger Vadim (oui !), à la recherche de son épouse Jane Fonda / Barbarella, obligée de se planquer car poursuivie par une association FBI / Reine Noire de Sogo, de parcourir en tous sens les régions désolées qui s’étendent entre l’Arizona et la Basse Californie mexicaine, pour une sorte de Fear and Loathing in Las Vegas puissance deux (au moins). On pense en effet inévitablement à Hunter Thompson (et peut-être encore davantage au film de Terry Gilliam) lorsque les deux compères, réunis dans cette virile amitié cimentée par l’excès incessant de boissons diverses, multiplient les rencontres saugrenues et pourtant si… nécessaires !

Avec de véritables « morceaux de bravoure » tels que la conception d’un crime parfait par l’auteur de polars, l’échange de joyeuses propagandes Est-Ouest à l’occasion de la conquête de la Lune (ici avancée de quatre ans), la nuit avec Barbarella, dans son vaisseau spatial, sur une aire d’autoroute, l’assaut en règle, par les « forces du Mal », d’une communauté hippie à San Diego, les tendres et… ennuyeux échanges avec l’inlassable épouse Elisabeth Brown, la délicate rencontre avec un gang de bikers anthropophages, le périple mexicain avec une chèvre amicale dans un mini-bus Volkswagen bondé, ou encore, apothéose, la longue et « sérieuse » discussion finale entre Fredric Brown et son personnage George Weaver (le héros du roman The Far Cry, 1951), extraordinaire mise en abîme, très « tongue-in-cheek », du métier d’écrivain et de créateur.

À lire et relire pour le plaisir de ces innombrables citations, digressions, boutades et autres délires, beaucoup plus finement ajustés que l’impression d’aléa baroque pourrait le laisser croire !

« … Aldrin a déclaré se réjouir, heureux par avance de prouver sous peu aux bigots et aux cancrelats que la terre n’était pas plate et qu’elle tournait bien autour du soleil. Avec son franc-parler coutumier, il a également juré de tout faire pour virer les ruskofs et autres teignes communistes de l’espace intersidéral, après qu’avec son équipe ils auront coiffé au poteau les singes volants liberticides… Du patriotisme, de la gouaille et du rêve étoilé !... Nous écoutons maintenant « Muskrat Ramble » par Lionel Hampton, vous êtes bien partis pour réussir votre vie, restez calés sur 99.8, WKRP, de Cincinnati à Tucson. »
« Et maintenant, un peu de réclame, pour éviter à nos spectateurs les plus mesmérisés de se souiller par excès de rétention urinaire. Nous sommes mercredi 3 juillet 1965, il est sept heures douze sur la côte est, et les États-Unis ont conquis l’espace ! »
« Partout régnait la fragrance primitive et pure de la réalité sans fond, celle du monde au-delà du rideau des apparences, déjà décrite par nombre de Grecs en toge et d’Allemands à favoris, le parfum de la compote de pommes, petite variété acide, peu sucrée, légèrement aromatisée à la cannelle. »
« Si jamais on en réchappe, faisons un film sur tout ceci. Juste pour le plaisir d’en boire les colossaux bénéfices non loin d’un volcan en éruption, le cul dans l’eau tiède d’un atoll. »

 

La littérature nazie en Amérique

Hilarant tour de force : la critique littéraire imaginaire de 30 écrivains représentant la littérature nazie sud-américaine !

Ce gros recueil de nouvelles de Roberto Bolaño, publié en 1996, typique du versant borgésien et du caractère violemment politique de son œuvre, tel qu'ils s'exprimeront surtout in fine dans le formidable 2666, fonctionne en réalité comme un véritable roman.

Ayant inventé de toutes pièces plusieurs dizaines d'auteurs représentatifs de la "littérature nazie sud-américaine", dans leurs moindres détails biographiques et bibliographiques, Bolaño les assemble et les thématise en treize grands chapitres, parcourant ainsi familles littéraires ou individus atypiques, usant de registres de langage variés allant de la "pure" biographe à la critique littéraire journalistique, en passant par l'anecdote amicale, la charge fondée sur des rumeurs, ou encore la notice nécrologique, tissant des liens entre ses personnages, leurs laudateurs, leurs détracteurs et lui-même, avant de conclure par un hilarant (et très pince-sans-rire) récapitulatif bio-bibliographique d'ensemble...

Un incroyable tour de force qui constitue sans doute la meilleure introduction à l'œuvre du poète romancier chilien, éternel exilé au Mexique puis en Espagne.

La nuit ne dure pas

Olivier Martinelli a réussi un très joli pari avec ce La nuit ne dure pas paru en 2011 aux belles éditions Treizième Note (dont il devient ainsi le premier auteur français). Récit "fictif" de la genèse du jeune et talentueux groupe de rock Kid Bombardos, ce roman constitue un hommage puissant au rock indie comme la France en avait jusqu'ici produit beaucoup trop peu...

Le roman rock chez nous (en dehors du champ SF où il y eut de belles réussites - Le temps du twist de Joël Houssin, ou Furia! de Jean-Marc Ligny - sans parler de l'excellent tout récent Rêves de gloire de Roland C. Wagner) produit trop souvent du constat fatigué, désabusé, nihiliste, de rockers se retournant, plus ou moins désespérés, sur leur jeunesse enfuie.

Rien de cela ici : roman à trois voix "écrit" par les trois frères (en "réalité" par leur oncle), bassiste, batteur et chanteur-guitariste, il vibre de réel, de passion, de lucidité tordue et d'énergie qui déplace les montagnes, même dans les vies chahutées et difficiles à construire des 15-25 ans d'aujourd'hui... Les seuls équivalents qui viennent à l'esprit, pour cette redoutable fraîcheur, sont le meilleur Marc Spitz (celui de How Soon Is Never et de Too Much, Too Late) ou le Douglas Cowie de Owen Noone & the Marauder.

Nul doute qu'Olivier Martinelli sert ici la littérature. Convoquant adroitement les mânes de Fante surtout, de Bukowski aussi et de Kerouac (incidemment), une autre prouesse mérite d'être mentionnée, celle de combler l'espace, de mêler la passion, fût-ce au sein d'une grande cellule familiale, entre la culture des 35-45 ans et celle des 15-25 ans, événement trop rare, qui fait clairement de ce roman, et vraisemblablement de son auteur, de grands témoins de ce que peut être un "passeur"...

CLEER

Situant leur roman paru en 2010 dans un univers quasi-contemporain, Laure et Laurent Kloetzer ont réussi une véritable prouesse, inégalée en langue française ces dernières années, et seulement approchée auparavant par Iain Banks dans Le Business (ou dans The Steep Approach to Garbadale, inédit en français)  : communiquer, fût-ce sous une forme par moments quasi-fantasmagorique, le psychisme, le sentiment, le moteur intime des consultants modernes de très haut niveau, ou des "hauts potentiels" des actuelles "entreprises totales".

Avec une grande légereté néanmoins, et une présence fine, subtile, insidieuse, nous suivons les premiers mois de "travail" de deux recrues au sein de CLEER, gigantesque conglomérat du "nouveau capitalisme" dont la devise est "Be Yourself". À travers les véritables enquêtes économiques, psychologiques ou "bureaucratiques" auxquelles sont confrontés Vinh et Charlotte, nouveaux membres du département "Cohésion Interne", nous entrevoyons ce qui fait vibrer et ce qui tente, au sens faustien du terme, les "meilleurs des mercenaires", au-delà de la "simple" quête d'argent et de pouvoir.

L'objet-livre, conçu par Daylon, est magnifique, et en pleine résonance avec le contenu. Un livre étonnant et une grande réussite !

Mantra

Le sixième roman de Rodrigo Fresan, paru en 2001, accédait à une tout autre dimension que ses ouvrages précédents, pourtant déjà largement époustouflants, et s'installait parmi ces rares chefs d'œuvre de la « littérature monstre ».

À travers l’invention de la famille Mantra et de l’ami du narrateur, Martin Mantra, il ne s’agit ici de rien de moins que de réinventer, rebâtir, re-raconter 1 500 ans d’histoire de la ville de Mexico, en y projetant (presque) tout ce que la culture contemporaine voudrait ou pourrait y placer, et en réajustant l’ensemble du matériau d’une manière toute personnelle, et très significative.

« Nous vivions une époque où l’on se tuait, où l’on mourait pour rendre le monde meilleur. C’est en tout cas ce que pensaient le Père de la Patrie, mes parents et leurs amis, qui le lisaient dans des best-sellers fort éloignés de la non-fiction, et s’étonnaient des années plus tard de la courte distance qui séparait l’exécuteur de l’exécuté et, désormais, de l’exécutif. Nombre d’entre eux sont devenus tout ce qui a anéanti beaucoup de leurs camarades. Ils assistent parfois à des tables rondes, dans des téléviseurs rectangulaires, me semble-t-il. Usés et souriants, pendus à leurs cravates de soie importées, fusillés par les balles perdues de leur passé et interrogeant mal leur mémoire à voix haute – se rappelant d’oublier ce qui leur convient, allant toujours vers la victoire – comme s’ils étaient sûrs de connaître la musique mais pas les paroles d’une chanson qu’ils ont un jour sue par cœur. »

Un roman essentiel, et comme le disait Roberto Bolaño, « un roman sur le Mexique, mais en réalité, comme dans tout grand roman, c’est du passage du temps, de la possibilité et de l’impossibilité des rêves qu’il parle vraiment. »

Zone

Publié en 2008, Prix du Livre Inter 2009, ce volumineux roman, le quatrième de son auteur, procure un authentique choc à la lecture.

Dans le train entre Venise et Rome, un Franco-Croate, ancien combattant en Slavonie et en Bosnie, puis agent des services secrets français sur tout le pourtour de la Méditerranée (qu’il appelle « la Zone »), se prépare à changer de vie après avoir négocié la remise au Vatican, contre une forte somme d’argent, des documents secrets qu’il a patiemment collectés, au fil des années, à propos d’un certain nombre de conflits, de massacres et d’affaires dans tous les pays de la région, depuis la Seconde Guerre Mondiale au moins… Durant ces quelques heures de trajet ferroviaire, il se remémore, d’une manière totalement décousue, des instants de sa vie comme des moments d’histoire qu’il a fréquentés, en réalité ou en documentation…

Ce monologue intérieur, désordonné, bruissant de mille feux infernaux, de la violence d’une existence et du mélange d’espoir et de désespoir de tout un ensemble de civilisations, sur plus de 500 pages - uniquement entrecoupées des brefs extraits du roman libanais que lit le narrateur, par moments, dans ce train – s’inscrit d’emblée, aux côtés de Joyce, de Woolf, de Faulkner et de Lafferty, dans les monuments de la plus exigeante littérature, celle qui utilise 3 000 ans de culture pour nous parler de notre présent et de notre avenir, en empruntant ces « sentiers qui bifurquent », de Barcelone à Beyrouth, d’Alger à Marseille, de Trieste à Mauthausen, de Vukovar au Caire, de Corfou à Troie, de Jérusalem à Salonique, de Gibraltar à Maïdanek… L’un de mes plus grands chocs littéraires depuis plusieurs années.

Les fusils

Sur les traces de l'expédition Franklin de 1845, l'étourdissant roman du grand Nord canadien d'aujourd'hui.

Publié en 1994, et traduit en français en 2006, Les fusils est l'une des œuvres les plus emblématiques, et sans doute parmi les plus attachantes, du prodige américain William T. Vollmann.

Le capitaine Subzéro, un Américain amoureux jusqu'à l'obsession du grand Nord canadien, revisite en pensée, en recherches livresques, puis en partie sur le terrain (lors d'un intense moment de solitude dans une station polaire abandonnée - séjour que Vollmann effectua en réalité) l'expédition maudite de Sir John Franklin, à la recherche du passage du Nord-Ouest, disparue corps et biens en 1845, ainsi que plusieurs des expéditions ultérieures qui tentèrent de découvrir le sort funeste des explorateurs... Au passage, il tombera éperdument amoureux d'une Inuit, et s'immergera dans la culture contemporaine de ce peuple largement déraciné, à la difficile intégration dans le Canada contemporain.

Roman étourdissant, où Vollmann mêle avec un talent consommé le reportage, l'histoire, les réflexions politiques et sociales avec le pur plaisir romanesque échevelé, et parvient à un étrange point de fusion entre ses personnages contemporains et ceux du passé, aux franges de la folie... Une révélation à bien des égards.

Maintenant, pendant que Reepah se gave de poulet et boit sa Rattlesnake, laissons ledit Mr Franklin méditer sur la disette qui suivit ; maintenant, pendant que Jane repousse un faisan farci (elle souffre d'un manque d'appétit), pendant que les marins tournent la manivelle de l'orgue mécanique pour passer les jours d'hiver sur Beechey Island et que Fitzjames, Crozier & Cie vont voir Mr Franklin dans ses quartiers et évoquent ensemble le bon vieux temps parce qu'il ne sert plus à rien de parler du passage du Nord-Ouest tant que la glace ne se brise pas, maintenant Mr Franklin sourit et sert lui-même un autre cordial et le vent hurle au-dessus des têtes et c'est à Seth que revient la tâche de maintenir ouvert le trou de glace en cas d'incendie aussi il s'avance dans le vent en pensant : Si seulement Mr Franklin avait écouté Akaicho alors personne n'aurait eu faim cette fois-ci ! - mais c'est se méprendre car si Mr Franklin n'avait pas réussi à descendre la Coppermine sa carrière aurait été finie... - et les tendons du cou de Seth forment des angles tandis qu'il tourne la tête et pense : Si seulement Mr Franklin avait écouté les voyageurs et rebroussé chemin plus tôt, peut-être même qu'alors les choses se seraient bien passées ! - mais c'est se méprendre car alors ils n'auraient jamais découvert Point Virencor ! - et dans la cabine de Mr Franklin l'atmosphère de ces souvenirs tourne aux congratulations, parce que Mr Franklin a fait des découvertes, n'est-ce pas ? et il est rentré avec tous les officiers sauf Hood, n'est-ce pas ? - et donc nous voilà ici.

Madman Bovary

Deux ans avant le monumental CosmoZ, Claro livrait en 2008 son treizième ouvrage, habile et déjanté comme il se doit. Très fin connaisseur et admirateur du romancier au gueuloir, l'auteur s’incarne, le temps d’un dur et rageur chagrin amoureux, et d'une réécriture alerte et pleine d'humour, non pas uniquement dans le personnage d’Emma Bovary, comme on l'aurait trop vite supposé, mais dans le roman de Flaubert lui-même, prenant tour à tour, en fonction de l'instant ou du besoin, la place d'un personnage, d'un objet, voire d'une scène... Emma, Hippolyte, Homais, tous démontés et reconstruits pour notre grand plaisir...

Tourbillonnant à souhait, intense et précis, moins gigantesque que CosmoZ et moins radical sans doute que Bunker anatomie ou Chair électrique, ce roman constitue pour moi la meilleure introduction possible, toute en plaisir et en jubilation, à l’œuvre exigeante de Claro – et pas uniquement pour les passionnés de Flaubert !

« Oui, le corps d’Emma est une discothèque de province, c’est le Louxor, le Tremplin, le Wake Up ou le Pim’s, bref, un de ces night-clubs où il fait bon s’ébattre et suer sans pour autant recommencer les guerres du Péloponnèse. Une lune d’argent pirouette au plafond et fait rissoler ses lucioles blêmes sur les peaux qui s’imbibent selon des rites savants. »


 

Manituana

Avec Manituana en 2007 (publié en français en 2009 - dans la remarquable Bibliothèque Italienne animée chez Métailié par Serge Quadruppani), le collectif d'écrivains italiens Wu Ming renouvelait l'exploit de Q (en français, L'Œil de Carafa) : construire un roman historique au souffle puissant, rigoureusement documenté, parfaitement orchestré, présentant de vrais personnages qui ne soient pas de fugitives caricatures, tout en s'attachant à mettre à jour "l'envers du décor", de l'histoire communément acceptée, du "récit des vainqueurs".

Ici, loin du XVIème siècle de la Réforme et de la Contre-Réforme en Europe (qui était l'objet de L'Œil de Carafa), les Wu Ming nous emmènent en Amérique du Nord, à la veille de la guerre d'Indépendance qui donnera naissance aux États-Unis. Adoptant en détail le point de vue de colons humanistes et fidèles à la Couronne britannique, et de leurs amis amérindiens préférant un souverain lointain et relativement bienveillant à des colons et marchands ô combien présents, et en quête incessante de terres, d'esclaves et de profits, ils nous livrent une vision crédible, documentée et décapante des mythes fondateurs des treize Colonies, loin en effet des réécritures solennelles qui en seront effectuées par la suite. Avec un "morceau de bravoure" indéniable et une authentique fête du langage, lorsqu'une ambassade iroquoise ira affronter Londres, ses splendeurs et ses bas-fonds, pour être reçue à la cour du roi George...

Poursuivant au fond des buts proches de ceux d'un Vollmann dans Central Europe ou d'un Claro dans CosmoZ, avec des moyens entièrement différents, les Italiens chantres du "New Epic" réussissent à nouveau un grand moment d'histoire des vaincus, et nous donnent peut-être le meilleur roman historique de ces dernières années. Travail salutaire et jouissif à la fois, bien servi aussi par une traduction impeccable de Serge Quadruppani.

 

[... et Charybde 1 et 3 approuvent.]