Connexion

Actualités

Stardust

Icône du cinéma d'épouvante, l'actrice Ruby Castle semble exercer un étrange pouvoir de fascination sur ses admirateurs et les personnes qui l'ont cotoyée. Ce sont ces réminiscences, ces traces infimes qui imprègnent et hantent ce Stardust...

 

Après le magnifique Complications et ses variations temporelles enchevêtrées, Nina Allan revient avec un second recueil de nouvelles qui joue là aussi sur des correspondances, des liens plus ou moins ténus qui tissent une véritable toile. Prises séparément, chacune des nouvelles frappe très fort, abordant le glissement vers le fantastique par un biais très quotidien, plongeant sans complexe dans le récit d'épouvante ou d'horreur (à ce titre, La porte d'avenir est une véritable merveille du genre semblant muter de lui-même au fil de la lecture...) ou s'offrant une étonnante escapade vers un texte de SF de la plus belle eau dans la nouvelle titre.

 

De Ruby Castle en elle-même, il n'en sera pour ainsi dire pas directement question mais peu à peu, les indices, les correspondances plus ou moins ténues forment un portrait en creux qui donne véritablement le vertige, invitant à la relecture dès la dernière page tournée. Mais cet art de la construction n'étouffe jamais l'émotion tant la plume de Nina Allan sait se faire acérée pour exposer les sentiments et incarner des persoonages tous éminemment humains dans leurs faiblesses.

 

On ressort étourdi, bousculé, soufflé de ce deuxième recueil, confirmation éclatante du talent d'une déjà très grande auteure.

 

La première fois que je vis Leonie Pickering, elLe était plantée au bord de l'A419 juste avant la sortie Cirencester-Est. Quelqu'n l'avait étiqutée comme un colis en griffonnant son nom en majuscules noires au dos d'un vieil emballage de corn-flakes attaché autour de son cou avec un bout de ficelle? Il n'y avait pas d'adresse de retour.

Clôture de la Voie des indés

Pour la soirée de clôture de la Voie des indés, Denis Lavant lira des extraits choisis des livres suivants :

L’Histoire de ma vie, d’Henri Darger (Editions Aux forges de Vulcain)
Pas dans le cul aujourd’hui, de Jana Cerna (Editions La Contre Allée)
Ma mère, musicienne, est morte de maladie maligne à minuit, mardi à mercredi, au milieu du mois de mai mille977 au mouroir Memorial à Manhattan, de Louis Wolfson (Le Tripode)
La Révolte des cafards, d'Oscar Zeta Acosta (Tusitala Editions)
029 Marie, de Franck Manuel (Anacharsis Éditions)
Rivières de la nuit de Xavier Boissel (éditions Inculte).

Fin d'année 2014 : nos "parfaits pour offrir"

Le choix de Charybde 1 : du rire et des larmes

Le septième jour de Yu Hua : une errance de sept jours dans les limbes pour un homme fraîchement décédé ; sept jours de drames, d'une tristesse touchante et d'humour noir.

La révolte des cafards d'Oscar Zeta Acosta : l'engagement progressif et tumultueux de Buffalo Brown aux côtés des mouvements chicanos des années 60. Dans la lignée d'un Hunter Thompson, foutraque, déjanté, méchant.

 

Le choix de Charybde 2 : poin-tu !

Icecolor d'Emmanuel Ruben : un texte décisif, puissant et beau, une lecture indispensable pour qui aime l’esthétique politique servie par une écriture exceptionnelle.

Tout passe de Gabriel Josipovici : soixante pages de grandeur pudique, la belle et terrible solitude de l'intellectuel.

 

Le choix de Charybde 3 : voyager loin

L'affaire des vivants de Christian Chavassieux : un très bel hommage au roman du 19e siècle, superbement écrit, et avec des personnages attachants. Un vrai bon roman populaire, dans le sens noble du terme.

Eloge des voyages insensés de Vassili Golovanov : une splendide quête intérieure, sur fond de paysages à tomber par terre. Un récit de voyage extraordinaire et extrêmement émouvant.

 

Le choix de Charybde 4 : futur et morts-vivants

L'éducation de Stony Mayhall de Daryl Gregory : du zombie comme jamais vous n'en avez lu, un roman subtil, nuancé, émouvant. Qui l'eût crû ?

La fille flûte de Paolo Bacigalupi : de l'excellente science-fiction prospective !

 

Le choix de Charybde 7 : humour et émotion

L’ours est un écrivain comme les autres de William Kotzwinkle : une satire du milieu littéraire, des relations publiques et de la publicité, qui tourne en dérision de manière hilarante les obsessions narcissiques, de l’argent et de la célébrité de l’Amérique contemporaine.

Lanark d'Alasdair Gray : un livre qui se voit autant qu'il se lit, une tour de Babel de styles et d'émotions, un livre alternativement passionnant, désespérant, déroutant et fascinant.

 

Et Charybde au complet vous rappelle que les chefs d’œuvre font toujours plaisir, comme Victus d'Albert Sanchez PinolConfiteor de Jaume CabreManituana de Wu Ming ou encore Les soldats de la mer d'Yves et Ada Rémy.

Fin d'année 2014 : une sélection de Beaux livres

 
Une partie de notre sélection de beaux livres, disponibles à la librairie :
 

Mythiq27 de Collectif

Périphérique, terre promise  de Léo Henry, Luc Gwiazdzinski, Eric Besnier, Marie-Pierre Dieterle, Pieter Jan Louis, Thomas Louapre, Ludovic Maillard et Sébastien Sindieu

Opus IX, La Demeure du chaos de Thierry Ehrmann & collectif

Midi-minuit fantastique, vol. 1 de Collectif

Mondes et voyages de Didier Graffet

Kadath : le guide de la cité inconnue de Nicolas Fructus, David Camus, Mélanie Fazi, Raphaël Granier de Cassagnac et Laurent Poujois

Ligatura de Steve Tomasula

La mariée mécanique de Marshall McLuhan

Le soleil des Scorta, de Laurent Gaudé et Benjamin Bachelier

L'incroyable bestiaire de Monsieur Henderson, de Casper Henderson

Bonne journée, d'Olivier Tallec

Vers le pôle, de Collectif

Conan Doyle au Pôle Nord, d'Arthur Conan Doyle

Wonderbook de Jeff Vandermeer (en VO)

The complete Calvin & Hobbes de Bill Waterson (en VO)

Horaires et ouvertures de décembre

Charybde sera exceptionnellement ouverte :

mardi 16 décembre de 12h à 19h30

lundi 22 décembre de 12h à 19h30

mardi 23 décembre de 12h à 19h30

 

Nous fermerons le 25 décembre toute la journée, puis du 29 décembre au 6 janvier (inclus).

Les commandes passées en ligne pendant cette période seront envoyées à la réouverture le mercredi 7 janvier.

Muette

"La lame n’est jamais fatiguée de trancher."

Les paroles de la mère de Muette sont des lames, elles ne font que blesser, rabaisser. Et le père de Muette n’est d’aucun réconfort, bloc de silence qui rejette, et ne se fissure que pour émettre des colères homériques.

"Tu nous casses les oreilles."

Ça suffit, Muette s'en va.

"Tu vas nous rendre fous."

Loin du grouillement de la ville et de l’humanité, Muette fugue calmement, comme une mer d’huile au dessus d’une tempête sous-marine. Refugiée dans une grange proche de la maison parentale, elle s’absorbe dans le maelström de ses propres questions, une exaltation d’adolescente aux désirs grandissants, prisonnière de son retranchement, de cette digue érigée pour refouler la souffrance des lames de la mère et des silences du père, et de leur inlassable avilissement.

"Peau d’oignon, couche après couche, Muette atteindra-t-elle jamais son cœur muet ?"

Muette se rêve terrée, furtive et agile comme un animal, lapin ou chevreuil, sans pensées, sans cruauté, seulement habitée d’instincts.

Sur un fil, Eric Pessan rend avec justesse l’équilibre délicat de la volonté de fuite et du retranchement de Muette, de sa culpabilité et de ses désirs qui grandissent. Et lorsque Muette marche le long des voies de chemin de fer, une fenêtre s’ouvre sur un autre de ses romans, «Incident de personne», sur la voie du silence, du retranchement et de l’échappatoire.

Sobre et impressionnant.

Le puits

«-Impossible de sortir on dirait, dit-il. Puis il ajoute : Mais on sortira.»

Deux frères, le Grand et le Petit, sont prisonniers, tombés on ne sait comment dans un puits de sept mètres de profondeur au cœur de la forêt. Ils ont avec eux un sac contenant une miche de pain, des tomates séchées et des figues. Mais c’est la nourriture de leur maman et le Grand a décrété qu’ils n’y toucheraient jamais. Alors les deux frères raclent les asticots sur les parois du puits et boivent l’eau de pluie, ils dépérissent peu à peu dans ce trou, au bord duquel les loups viennent rôder la nuit.

«- Je ne veux pas dormir tout de suite. Ça me fait peur.
- Pourquoi ?
- Parce que je fais des rêves… des rêves bizarres. Je rêve que je mange des choses que je ne devrais pas manger. Je rêve de maman. Mes rêves sont horribles…
- N’aie pas peur des rêves, ils ne sont pas réels. Ce sont des pensées qui se mélangent dans nos têtes, des souvenirs qu’on ne peut pas exprimer avec des mots. Si tu rêves que tu manges, ca veut dire que tu as faim, c’est tout. Si tu rêves que tu voles, ça veut dire que tu veux rentrer à la maison… D’accord ?
Le Petit fait oui du menton. Les mots de son frère le tranquillisent ; il ferme les yeux. Avant de s’endormir, il lui demande dans un filet de voix :
- Et rêver que je mange maman, ça veut dire quoi ?»

Le Grand et le Petit s’entraident et s’insupportent. Et la folie peu à peu emporte le Petit, qui réinvente un monde fait d’hallucinations à l’intérieur du puits.

«-Si je voulais, dit le Petit, couché sur le dos, les bras écartés comme un crucifié, je pourrais changer l’ordre des choses. Je pourrais déplacer le soleil pour qu’il nous réchauffe en fin d’après-midi et qu’on n’ait plus froid après la sieste. Je pourrais rapporter jusqu’ici les odeurs du village : nos narines s’empliraient de pain encore chaud, de gâteaux aux pommes, de chocolat. Je pourrai construire un escalier en colimaçon qui irait du puits jusqu’aux arbres, puis se transformerait en rampe pour qu’on puisse redescendre d’un petit saut, sans se faire mal. Je pourrais transformer l’eau en lait, les insectes en poule et les racines en réglisse. Mais je n‘en ai pas envie. Je veux rester là. Ne rien faire. Ça me suffit si l’univers tourne autour de moi. C’est notre sort à nous, les morts.»

S’entraider, survivre, se venger.
Ce premier roman, conte saisissant de l’espagnol Iván Repila, paru en 2013 (traduction Margot Nguyen Béraud chez Denoël en 2014), est un puits d’où les métaphores qu’on puise semblent ne pas se tarir.