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Coups de coeur

Le paradis des autres

Rire et fabuler avec une tendre intelligence à propos de tragique : un concentré d’humour yiddish new-yorkais, déjanté au service d’une fable fantastique née d’un attentat-suicide à Jérusalem.

Le deuxième roman du New-Yorkais Joshua Cohen, écrit en 2004 et publié en 2008, traduit en français par Annie-France Mistral au Nouvel Attila pour parution le 2 octobre 2014, constitue sans doute l’un des romans les plus tendrement provocateurs que j’aie eu entre les mains ces dernières années.

Son propos apparent, lapidairement résumé, pourrait expliquer à lui seul pourquoi ce fabuleux roman, à l’instar peut-être de "La couleur de la nuit" de Madison Smartt Bell, du "Cycliste" de Viken Berberian, voire du "Oussama" de Norman Spinrad, a eu tant de difficultés à trouver un éditeur aux États-Unis (avant, enfin, d’y devenir un livre-culte, pour d’excellentes raisons à découvrir ci-après, et après aussi le véritable triomphe de son "Witz" paru en 2010), car il y a là-bas, surtout depuis 2001 sans doute, certains sujets avec lesquels "on ne joue pas".

Un jeune garçon israélien, accompagnant ses parents dans un magasin de chaussures, y est déchiqueté par un attentat-suicide, et se retrouve, par une malencontreuse "erreur d’aiguillage" (ou peut-être pour d’autres raisons à découvrir) au Paradis… des musulmans, où il va devoir errer pour tenter d’obtenir correction de "l’erreur", tout en se remémorant bon nombre de moments-clé de sa jeune existence.

Sur de pareilles prémisses, on pourrait craindre, il est vrai, une forme exacerbée de plaidoyer, prenant le lecteur en otage pour disserter des vilenies et des folies du terrorisme islamo-palestinien, des raideurs inhumaines et des jusqu’au-boutismes méprisants de la droite israélienne : il n’en est rien, bien au contraire.

Joshua Cohen, usant de son garçonnet comme d’un anti-Leopold Bloom, au monologue hallucinant et halluciné, propose une fable incroyablement rusée, s’abreuvant avec bonheur aux sources du récit fantastique moyen-oriental comme du stand-up juif de Brooklyn, des exégèses raffinées de la Torah et des sourates du Coran, d’humour yiddish et ashkenaze comme de bribes de quotidien contemporain à Jérusalem, de mythologie militaire comme d’intimité familiale.

Dans le petit monde du garçonnet, avant l’issue fatale, on entrevoit, entre la Reine et son Aba, toute une éducation, avec ses rituels et ses principes, ses mots d’ordre et son élan vital, qui évoque par moments les plus tendres pages amusées d’Alona Kimhi, dans "Lily la tigresse" comme dans "Suzanne la pleureuse", ou même certaines scènes magnifiques d’intelligence distanciée de la série télévisée "Hatufim" (tellement réussie et subtile, tellement à l’opposé de sa resucée américaine pré-mâchée à gros traits pour indigents de la réflexion personnelle, sous le nom de "Homeland").

"Et là je ne sais pas pourquoi je me retourne, mais si.
Une présence. Un souffle sur ma nuque, mon Aba aurait dit L’arrière-train de la tête.
Je me suis retourné vers le gamin qui a tourné vers moi, il courait en battant des ailes bras grands ouverts.
Il s’est retourné et le gamin lui est rentré dedans.
Sa peau, du lait de pigeon, des yeux et des cheveux noirs, peut-être le perlant précoce d’une moustache.
Picotante manne céleste, ça me chatouillait, ça m’a fait rire comme si on s’embrassait ou qu’on avait l’air de.
Il m’a pris dans ses bras je ne sais pas pourquoi mais je lui rends la pareille je le prends dans les bras moi aussi.
Tous les deux, on se serre fort. On se tombe dessus. On sent qu’on ne fait qu’un et pour les autres on fait une chute. On sent. Et on se serre.
Yeux fermés, pressés l’un contre l’autre – comme des citrons.
Et puis ils explosent.
Gaffe aux pépins.
Le nom d’un des gamins était le sien, le nom de l’autre était le sien aussi. Même âge, dix ans alors, ou pas loin. Et les deux sont à moi maintenant.
Et en même temps aucun.
Mais on est loin de la question c’est où ici, proche ou pas de là-bas, sans même aller remuer le pourquoi.
Réponse : je meurs."

Dans les creux de son texte abondant, qui prend par moments les curieuses apparences d’une irrépressible logorrhée poétique, presque chantée ou en tout cas incantée, avec ses répons et ses formules droit tissées de la Bible, de la Torah ou du Coran, Joshua Cohen questionne toutefois inlassablement et subtilement les mythologies à l’œuvre dans l’affrontement contemporain entre un certain Israël et une certaine Palestine. Mythologie du martyre terroriste islamique comme mythologie du peuple juif en armes, aveuglement religieux mêlé aux poussées d’égoïsme humain rationalisateur : ces épiphénomènes pourtant si envahissants ont ici vocation à s’effacer face à de beaucoup plus vertigineuses interrogations, conduites avec pudeur sous la couche de farce songeuse, touchant à la confrontation des fois et des croyances, quelles qu’elles soient, confrontation à l’agnosticisme cultivé qui semble seul en mesure de leur rendre justice et de leur faire entendre raison simultanément.

Cette fable enlevée et par moments logiquement chaotique est aussi celle du parcours accéléré d’un mort de dix ans, forcé d’accéder, à chaque pas, à une compréhension de plus en plus directe de ce qu’il voit et entend, à digérer à toute allure les indispensables références qui parsèment, obligatoirement, la marche au paradis, fût-ce celui "des Autres", où évidemment il n’est pas le bienvenu : comme le note fort judicieusement Daniel Elkind dans son article de la New Haven Review (voir lien ci-après), Franz Kafka, Bruno Schulz, Paul Celan, Nelly Sachs, et avec eux toute une tradition de poétique du chaos au sein de la culture juive, sont souvent au bord d’apparaître dans les creux du désert arpenté par le jeune Jonathan Schwarzstein – et cette accumulation de clins d’œil, sérieux ou rieurs, au sein d’un monologue en flux de conscience arboré, peut par moments donner, fatalement, le tournis – mais il ne me semble heureusement pas nécessaire de saisir chaque allusion dissimulée (je n’avais en ce qui me concerne absolument pas reconnu dans le "Plus jamais !", souvent répété hors contexte par l’enfant, le slogan emblématique du Yom Hazikaron, le jour israélien du Souvenir de l’Holocauste) pour goûter tout le sel de cette histoire des mille et une nuits qui auraient, comme notre monde, mal tourné.

Poétique et métaphysique, pétri de culture et baigné du plaisir de conter et de sourire, ce roman surprenant offre, en moins de cent cinquante pages, une bien singulière réflexion sur le pouvoir de la mémoire et de la littérature face au chaos et à la haine.

"Il faut savoir que le jour où Aba devait se racheter des souliers, où il était En quête de l’article chaussant de remplacement comme il avait dit ce matin-là, était un événement qui ne se produisait que deux fois peut-être dans une vie d’enfant et dans la mienne, ne se produirait qu’une seule. C’est pourquoi on se trouvait sur le lieu de ma mort, un événement ça aussi, unique dans ma vie, et le jour de mon dixième anniversaire en plus, ne l’oublions pas, mais avant le jouet comme je l’ai dit – ou est-ce que ç’aurait été, aurait pu être des jouets ? – il y avait d’abord les souliers, comme dit plus haut, parce que la veille d’hier s’était pointé un clou affamé qui avait mordu dans la chair fraîche. Une paire de plus qui irait chez les Pauvres et qui ne leur irait pas. Des centaines de centaines de boîtes de chaussures empilées en vrac au pied de ma tombe. Marche jusqu’à l’aube du deuil. Mais mes souliers sont encore vivants avait dit Aba ce matin-là devant les bols, café pour lui, thé pour la Reine, il avait dit que ses souliers Vivaient encore. Au minimum un potentiel de résurrection. Pas ces souliers, la Reine qui avait, devait avoir, Tout le Temps raison, avait dit que ses souliers étaient Moribonds, phase terminale. Électro-encéphalogramme plat, passé de bip bip biiip à un long bêêê. Voûtes effondrées, pas les en pierre, mais celles d’Aba, plantaires. Et après, au tour du mouton, agneau, veau sans taches que j’étais, le plus éclatant de santé et le plus blanc. Un mouton avec pour Aba un Aba qui marchait avec des vachettes mortes aux pieds et devait pour les achever les user à mort."

Un excellent entretien avec l’auteur, dans Artvoice de mai 2008, se trouve ici. Le passionnant article, très fouillé, que consacrait au roman Daniel Elkind, auteur, traducteur et par ailleurs ami proche de Joshua Cohen, dans la New Haven Review en 2009, est ici.

L'affaire des vivants

Charlemagne ressent une excitation qui est une sympathie pour l'idée même de ce manège infatigable; il décrète aussi que sa carrière l'emportera ici, pas tout de suite mais dans quelques années, au milieu de sa vie peut-être, pour un départ de plus, une frénésie. Ici, dans ce tourbillon qui agite encore les quais de gare, au milieu des rouages et des grondements, parmi la foule, sous le glacis de la grande marquise à Perrache, il se trouve chez lui, plus à l'aise qu'à Saint-Elme et à Mérives. Ici est son destin, il le comprend avec une intelligence renouvelée, après l'amollissement du trajet.

 

Le Second Empire est mort, Vive Charlemagne!

Né en 1850, ainsi bizarrement (et prémonitoirement) prénommé par son grand-père, Charlemagne Persant grandit misérablement dans une famille paysanne des environs de Lyon. Bridé par cette pauvreté qui lui interdit toute éducation digne de ce nom, il fait cependant montre très tôt d'une intelligence et d'un sens des affaires hors du commun. La défaite de Sedan et la proclamation de la IIIe République vont enfin lui permettre de s'élever socialement et de bâtir son propre empire commercial...

Il fait bon se plonger dans cette Affaire des vivants. Christian Chavassieux y déploie une langue ample et gourmande, attentive aux expressions, aux paysages et ressuscitant par petites touches impressionnistes le vécu de l’époque. On y découvre ainsi l’effervescence d’un monde en plein essor industriel, les prémices des luttes sociales, le déclin du monde campagnard qui s'annonce déjà. Tout ceci au fil d'un récit humain, attentif au moindre personnage, à la plus petite silhouette et qui glisse, sans avoir l'air d'y toucher, des questionnements de société qui résonnent avec autant de force près d'un siècle plus tard.

Et puis, pivot du roman avec toutes ces contradictions et ces fulgurances, provoquant à la fois admiration et répulsion, ce Charlemagne ambigu et féroce interroge magnifiquement notre rapport à la figure du tyran. 

 

Derrière ses allures de roman populaire, L'affaire des vivants s'appuie sur  la puissance et le plaisir romanesques pour mieux sonder notre société et les rapports aux pouvoirs.

Renégat, roman du temps nerveux

En l’an 2000, en cure de désintoxication dans une clinique de Hambourg, un journaliste dépressif - prétendant écrivain tombe amoureux de sa thérapeute, et quitte donc sa femme après douze ans de mariage. Tentant de devenir vivant, de devenir adulte, il sort de cette relation morte depuis le premier jour pour suivre sa thérapeute dans la ville de Berlin.

Et tout ceci est dit dès les trois premières pages, qui font chavirer immédiatement au cœur de ce livre monstre, totalement dévorant.

«Je ne suis pas un lâche, hélas, donc je n’ai pas fui. Mais me suis enfui, des soiréezentières, dans l’alcool. Les années forcirent comme les lignes de croissance des érables devant la maison – de l’épaisseur du manche à balai en bois sec vers celle du billot : 1 vie. (Nous n’avions pas d’enfant.)

Je me suis enfui é: je suis resté. Resté dans la balance de trois fléaux portés par le couteau : l’alcool | le journal | la femme. (Nulle part où trouver refuge.) Son sérieux devenait affliction sur mon cas. – Ses phrases me couvraient, sombres & lourdes, de plus en plus pesantes chaque=jour & chaque=nuit de cette union. (Plus tard pluzaucunmot.)

J’avais l’impression d’être à côté de la plaque. De moi | du travail | du mariage. Cette union ne devait plus durer ; le-divorce : 12 ans, c’est plus qu’un bail quand les années sont devenues glaciales comme nous é les jours&nuits=en-solo… »

Reinhard Jirgl crée sa propre langue, somptueusement traduite (et même ré-écrite) ici par Martine Rémon, un véritable exploit. Les mots sont comme une pâte qu’il malaxe et affine, utilisant toutes les ressources de lettres, de signes - ponctuation qui sont réinterprétés pour donner plus de sens et de charge émotionnelle au texte, avec une invention et une liberté totales. Alors ce récit n’est plus seulement intellectuel, il en devient physique, on le lit, on le voit, on ressent ses tensions, on se fait submerger.

Deux ans plus tard, en 2002, le journaliste, qui se débat dans la lie amère de la relation amoureuse, rencontre à Berlin un chauffeur de taxi. Cet homme était garde-frontière à la frontière polonaise et devait refouler les vagues de refugiés de l’Est après la chute du mur. Plongé dans un abime de chagrin après la disparition brutale de sa femme, il avait aidé une jeune Ukrainienne à passer la frontière, voyant en elle la possibilité d’un nouvel amour. Une fois la frontière passée, elle s’était envolée ; il a rejoint Berlin dans l’espoir de la retrouver.

Avec des renvois, des liens hypertexte qui nous invitent à la déambulation, truffée de références à des auteurs multiples, l’intrigue est un millefeuille, dont Berlin est le cœur.

« - L’essence du fénomène de la ville : d’énormes masses de pierre morte bourrée de chair survivante réglée sur mesure, fourrée & entassée, qui essaie de résister à la mort. L’échafaudage-squelette de tous les mythes de la vie urbaine. »

Les entrailles d’un Berlin en dé- et re-composition en ces années 2000 sont ici déployées en une somme de toutes les souffrances et du néant de notre époque : Celles de la réunification – l’urbanisation galopante des villes d’Europe centrale, la folie de l’immobilier et l’effondrement économique après la chute du mur, les chômeurs migrants de l’Est traités comme des sous-hommes, mais aussi le rythme et le vide déments de la modernité, le pouvoir insensé de l’argent, la violence de la mondialisation. Dans ce monde moderne, la confiance en l’autre est invariablement trahie, la haine devient vitale, la communauté impossible, et l’individu est réduit en cendres par sa peur, sa solitude et son vide intérieur.

Dans cette aliénation, est-il encore possible d’aimer ? «Renégat, roman du temps nerveux» est un géant féroce, un livre déchirant sur la solitude humaine, mais aussi un grand roman d’amour.

«À l’extérieur, sur la porte, sur une plaque en laiton, votre nom : Sophia Englisch – on eût dit le nom d’une artiste, d’une rose -. Puis dessous, pour dégriser, la nature de votre spécialité : psychothérapeute. Et à l’intérieur, 1 bureau asexué, d’une clarté sans ombre & triste comme 1 phrase-en-3-mots. La porte de la salle d’attente s’était ouverte, vous étiez entrée et venue vous placer-devant-moi. Un visage ouvert me considérait, des yeux lumineux é clairs s’ouvraient grands é me fixaient – c’est à ce moment que je l’ai senti pour la première fois : le parfum doux-amer de votre peau -. La première femme, m’étais-je dit alors, que j’approchais de nouveau, depuis ?combiendetemps, autrement qu’à une distance suffisante à un regard.»

Le dernier gardien d'Ellis Island

Aujourd’hui transformés en musée, les services d'immigration d’Ellis Island ont fonctionné de 1892 jusqu'en novembre 1954. Ils ont vu passer, "trié" et ainsi décidé du sort de plus de 12 millions de candidats à l’immigration.

Le 3 novembre 1954, neuf jours avant la fermeture définitive du centre d’Ellis Island, le directeur du centre, dernier maître à bord de l’île et qui a passé quarante-cinq années ici, commence l’écriture d’un journal, mû par une inexplicable nécessité.

«Neuf jours et neuf nuits avant d’être rendu à la terre ferme du continent, à la vie des hommes. Autant dire au néant, en ce qui me concerne. Que sais-je aujourd’hui de la vie des hommes ? La mienne est déjà suffisamment obscure à mes yeux, comme un livre que l’on croit familier et que l’on découvre un jour écrit dans une langue étrangère. Il me reste cette surprenante urgence à écrire, je ne sais pour qui, assis à ce bureau devenu inutile, entre les dossiers cartonnés, les crayons, les règles et les tampons, ce qu’a été mon histoire

Remontant le cours de sa vie, cet homme solitaire livre ici son histoire intime, sur cet îlot où l’on voit se dérouler en arrière-plan toute l’Histoire du vingtième siècle, et son naufrage autour des souvenirs intacts de deux femmes, Liz son épouse et Nella, candidate à l’immigration originaire d’une Sardaigne rurale et archaïque, et dont le souvenir n’a jamais cessé de le hanter.

«Depuis Ellis, j’ai regardé vivre l’Amérique. La ville, si près, si loin. L’île avait fini par en constituer pour moi le poste avancé, la tour de guet, le rempart contre des invasions dont j’étais la sentinelle. Ensuite, l’activité du centre n’a cessé de décroître. Je suis aujourd’hui le capitaine d’un vaisseau fantôme, livré à ses propres ombres. Celle de Nella, arrivée sur ce maudit «Cincinnati» le 23 avril 1923, demande aujourd’hui justice

Paru en septembre 2014 aux éditions Noir sur Blanc, dans la collection Notabilia, ce quatrième roman de Gaëlle Josse est l’histoire profondément émouvante d’un homme emmuré dans un lieu et dans le souvenir douloureux de ses transgressions, pris dans cette collision tragique entre les règles administratives rigides de l’immigration américaine et l’espoir et l’angoisse des hommes débarquant sur les côtes américaines.

«Aujourd'hui, je ne commande plus qu'à des murs. L'herbe et les plantes transportées par le vent ou les oiseaux poussent librement. Il s'en faut peu pour que ce soit ici un grand parc, un parc en friche posé au ras de l'eau, surveillé au loin par une Liberté triomphale chevillée ferme à son rocher. J'ai parfois l'impression que l'univers entier s'est rétréci pour moi au périmètre de cette île. L'île de l'espoir et des larmes. Le lieu du miracle, broyeur et régénérateur à la fois, qui transformait le paysan irlandais, le berger calabrais, l'ouvrier allemand, le rabbin polonais ou l'employé hongrois en citoyen américain après l'avoir dépouillé de sa nationalité. Il me semble qu'ils sont tous encore là, comme une foule de fantômes flottant autour de moi

Le système D

Manhattan, bibliothèque municipale de la ville de New-York. Ou du moins de ce qu’il en reste, car la ville de New-York a été ravagée, transformée en décharge et champ de ruines depuis les «événements» du 14 février aux raisons obscures, attaques terroristes et virus mortels. La population a été divisée par dix et les besoins les plus essentiels – se nourrir, se déplacer, se chauffer – sont devenus très problématiques.

Au cœur de ce chaos, le héros, vétéran amnésique, a élu domicile dans la bibliothèque municipale car il adore les livres, à tel point qu’il s’est rebaptisé Dewey Décimal et entreprend de reclasser seul tous les livres de la bibliothèque selon le système du même nom. Il se consacre à ce hobby obsessionnel quand son protecteur et employeur, un procureur corrompu du nom de Rosenblatt, ne l’emploie pas comme tueur à gages. Ainsi, lorsque Rosenblatt lui demande d’éliminer un ukrainien «gênant» et censément mafieux, pour Dewey Décimal, c’est juste la routine.

Mais cette routine-ci va s’avérer plus complexe que prévue et entraîner Dewey Décimal au cœur d’une spirale d’événements et de contrats réciproques pour lui faire éliminer diverses crapules ou criminels de guerre.

Clouant au pilori tant de clichés américains en les pastichant, la lecture du «Système D» est jubilatoire, par son humour noir et surtout son héros. Pathétique et génial, Dewey Décimal est encombré de manies obsessionnelles et hypocondriaque, convaincu d’avoir été l’objet d’expériences gouvernementales ayant modifié ses souvenirs ; il passe son temps à se désinfecter les mains et à avaler des cachets et se préoccupe surtout de l’état de son costume ou des microbes potentiels sur son épiderme alors même qu’il est encadré par des tueurs ukrainiens ou serbes sur le point de le dessouder.

On referme donc ce premier roman de Nathan Larson (publié en 2011 et traduit par Patricia Barbe-Girault aux éditions Asphalte en 2014) en espérant que les péripéties apocalyptiques et déjantées de Dewey Décimal aient une suite.

L'Education de Stony Mayhall

En 1968, quand sort La nuit des morts vivants de Romero, il s'agit d'un documentaire sur les premiers événements. La propagation d'une infection zombie a commencé, grosse secousse pour l'Amérique, mais l'Armée a tout brûlé et l'humanité se remet lentement. Les MV sont traqués et brûlés, les vivants qui les aident, souvent des proches, emprisonnés sans procès. Les campagnes médias se succèdent pour alimenter la parano et s'assurer que les gens se souviennent du choc.
 
1970, Iowa. Wanda Mayhall trouve une jeune morte au bord de la route, tenant un bébé dans ses bras, mort lui aussi. Mais le petit mort bouge. Wanda a beau savoir qu'elle ne peut pas le garder sans mettre en danger ses voisins, ses filles et elle, elle ne peut pas non plus l'abandonner ou le livrer aux "Fossoyeurs". C'est le début de l'histoire de Stony Mayhall, le bébé mort qui a su grandir.
 
Daryl Gregory ne perd pas de temps avec les clichés du genre : ils sont clairement présents mais hors champ. Connivence avec un lecteur qui les connait forcément par coeur : "Nous avons maté et kiffé  les mêmes toiles" semble nous dire l'auteur, "regardons plutôt ce qui n'y est pas".
En effet, loin des effets pyrotechniques, le roman évoque cette Amérique qu'on connait bien, entre parano et fascination. Celle du Chemin de fer clandestin, celle de Guantanamo et du Patriot Act. Celle qui sait si bien tracer une ligne entre les vrais citoyens et les autres. Car si tous les MV se définissent par rapport à la morsure, tous les vivants se définissent par rapport à la menace : curiosité insatiable, racisme ordinaire, soutien, terreur, violence...
 
Les morts vivants de Daryl Gregory sont impossibles : aucune radiation, aucune bactérie, aucun virus ne peux expliquer le phénomène. Et plus l'on cherche, plus on bute sur l'inexplicable. Stony s'acharne à repousser ses limites, pendant que la rumeur enfle chez les MV : il paraît que Stony est un miracle, il paraît qu'il a grandi, ce serait lui le messie que tous attendent. Nativité zombie pour Apocalypse en gestation. Et la résistance MV a beau être organisée, elle n'en est pas moins divisée : divergences d'objectifs, de moyens, de définition. Au sein des querelles politiques et religieuses, Stony représente un enjeu majeur.
 
L'éducation de Stony Mayhall passe de l'humour au désespoir, de l'amertume à la paix. Les personnages, fouillés et attachants, évoluent dans des situations complexes où la "bonne solution" n'existe pas. De la très belle littérature, intelligente et bouleversante.

L'envoleuse

Proches depuis si longtemps et au soir de leur vie, Romain et Guillemette évoquent leur enfance, la dureté des parents - la violence transmise, les silences effrayants -, et, cœur toujours palpitant de leurs souvenirs, leur désir commun pour Gisèle, camarade de classe au corps volumineux, à la chair attirante, maternelle et érotique.

«Je me souviens de son odeur de feuilles de poussière de nuits miellées, celles de nos banlieues loin de Paris mais loin des forêts. Je me souviens de son odeur de chaud et de peur, son front brillait de sueur, ses bras ruisselaient et c’est comme cela que je l’ai aimée, dans des plis de robe et d’eau. Jamais mon corps n’a été si grand, si vaste, jamais mes poumons n’ont accueilli autant d’air, autant de vie, jamais je n’ai senti si près de me bouche autant de cris joyeux.»

Figure de désir aux antipodes des stéréotypes adultes, avec son corps de reine blanche et placide qui semblait dès l’enfance être celui d’une femme, avec une attitude qui semblait détachée des liens qui font souffrir, Gisèle était entière. Elle n’était pas aimée de sa mère, elle n’avait pas de père, mais elle, elle était libre.

«Gisèle bâille, la bouche grande ouverte comme si elle voulait s'aspirer elle-même, toute entière dans son corps. Elle regarde la maîtresse comme on regarde une mouche, elle la chasse de son cerveau génial : un monde exprimé dans un corps, un monde qui fait un tout, un seul et qui expiré tout : la chanson des rondes, les peupliers des rondes, la craie blanche, le pain du goûter, Colette et la blouse de la maîtresse constellée de grosses fleurs bleues comme la robe de chambre de maman.»

«L’envoleuse», à paraître fin août 2014 aux éditions Verdier, résonne très fortement avec le magnifique «Césarine de nuit» d’Antoine Wauters, et réussit également la prouesse de dire, avec justesse et sans commisération, les cœurs abimés de l’enfance et le désir intact en dépit des années, dans un récit intense qui s’écoule comme un chant célébrant avant tout la force du langage.

«Je veux te faire avaler de force tous ces mots qui bouillonnent en nous depuis une éternité d’années pour que tu puisses trouver le repos. Tuons avec nos mots celle qui t’aima, qui m’aima, qui fut cruelle et belle, aimable mais fuyante comme le pain qui s’émiette faute de mieux sur les tables froides des hôpitaux.»

Dondog

Treizième livre publié extrait de la bibliothèque du post-exotisme par Antoine Volodine, «Dondog» fut publié en 2003 aux éditions du Seuil, dans la collection Fiction & Cie.

Au sortir de trente ans d’enfermement dans les camps, après avoir survécu aux exterminations des Ybürs, Dondog Balbaïan sent bien qu’il va vers la fin et qu’il ne lui reste que très peu de temps avant de disparaître. Il voudrait se venger des responsables du malheur avant son extinction, mais de qui et pourquoi ? La mémoire de Dondog est défaillante, et, dans les ténèbres de son amnésie, au bout de sa vie d’Untermensch, trois noms de bourreaux le hantent, Gulmuz Korsakov, Tony Bronx et sans doute Éliane Hotchkiss.
À partir de ces noms, des lambeaux de sa mémoire, de souvenirs cauchemardesques, Dondog dit, ou parfois murmure ou grommelle des récits, et suggère l’utopie défaite, la barbarie et la mort de l’espoir.

«La silhouette d’Eliane Hotchkiss trois secondes flotta derrière ou devant ses yeux, sans chair ni étoffe, sans apparence précise. Le nom était là, lié à son désir impérieux de vengeance avant la mort, mais, en dehors du nom, l’image était illisible. C’était comme s’il avait mentionné une image secondaire d’un rêve de son enfance, ou comme s’il avait évoqué une maîtresse furtive du temps des camps, lorsque la nuit on l’enfermait au pavillon des grands blessés et des fous, ou encore comme si elle avait appartenu aux courtes années de clandestinité totale, quand jour après jour se perdait la guerre pour l’égalitarisme et le châtiment des progromistes, des mafieux et des milliardaires. Le flou entourait Eliane Hotchkiss. Comme Tony Bronx ou Gulmuz Korsakov, elle se cachait au fond d’un des abîmes décevants de sa mémoire, dont une grande quantité était à jamais clos et inexplorables. Mais elle était moins distincte que les deux autres

Dondog cherche ses bourreaux dans une cité obscure, où ne survivent plus que les insectes et quelques autres gueux ; sa mémoire et sa volonté vacillent et les personnages et les événements eux-mêmes semblent frappés d’amnésie et d’incertitude, tandis que les récits, où les personnages s’entrecroisent et changent d’identité, semblent démultiplier la parole de Dondog.

«Nuits, passé, hallucinations secrètes, expérience vécue, constructions enfantines, réalité et réalités parallèles se confondaient. Dans quelle sphère de la mémoire, par exemple, devait-il ranger les fermes à l’abandon, les hauts plateaux et les steppes qui l’obsédaient ?... Et ces temples enfumés, ces villes portuaires que la guerre civile ensanglantait ? D’où venaient ces individus qui s’adressaient à lui comme s’ils étaient de proches parents ?... Quand avait-il erré dans ces immenses labyrinthes urbains aux issues toujours closes avec des barbelés ? Et ces maisons de feutre, ces yourtes mongoles où sa famille se comportait d’une manière incompréhensible, y avait-il dormi ou non, et quand ?»

Noir et bouleversant.

«Les êtres aimés disparaissent, la révolution mondiale s’éparpille en poussière comme une bouse sèche, dans l’espace noir on ne rencontre plus les personnes qu’on aime, les golems s’effondrent les uns après les autres, le sens de l’histoire s’inverse, les passions dérivent vers le rien, la signification des mots s’évanouit, les ennemis du peuple et les mafias triomphent à jamais, les rêves trahissent la réalité, mais la vengeance subsiste, un chicot irréductible de vengeance qui n’a plus aucune justification, qui se limite à un geste de violence sur une cible très douteuse. Et ceci encore, le plus révoltant : on n’échappe pas à son schwitt

Goldberg : Variations

L’incroyable orchestration de trente textes résonnant entre eux à la manière de J.S. Bach pour écrire la fable des affres et du sel de la création littéraire.

Publié en 2002, traduit en français pour parution en août 2014 par Bernard Hoepffner chez Quidam, le seizième texte de fiction de Gabriel Josipovici suivait de huit ans son quatorzième, "Moo Pak", et précédait de quatre ans son dix-huitième, "Tout passe", pour évoquer les deux œuvres publiées auparavant en français chez Quidam.

Avec le brio toujours subtilement érudit qu’on lui connaît désormais, Gabriel Josipovici commence, en apparence, par transposer l’histoire (reconnue aujourd’hui comme plus légendaire qu’exacte) de la création des Variations Goldberg de J.S. Bach dans un autre contexte : la création musicale entreprise par le compositeur à la demande du claveciniste Goldberg, pour endormir chaque soir le riche mécène de Dresde, Hermann Karl von Keyserling, en 1740, devient ici lecture désespérée et vaine, se muant en création littéraire indispensable pour favoriser le sommeil du noble anglais Westfield, commandant ce travail à l’écrivain juif Goldberg qui lui a été chaleureusement recommandé.

"— J’ai lu tous les livres qui ont été écrits, Mr Goldberg, et cela me rend mélancolique. Un profond ennui s’empare de moi chaque fois que j’ouvre une fois de plus un de ces volumes ou même quand une autre voix m’en livre le contenu.
— Mais un nouveau livre ne va-t-il pas par trop éveiller votre intérêt ? lui demandai-je, n’aurait-il pas pour effet de vous tenir éveillé au lieu de l’effet désiré qui est de vous endormir ?
— Mon ami, me dit-il, vous parlez sans réfléchir. Une nouvelle histoire, une histoire qui est vraiment nouvelle et vraiment une histoire, donnera l’impression à la personne qui la lit ou l’écoute que le monde a repris vie pour lui. Voici comment je pourrais le dire : le monde recommencera à respirer pour elle alors qu’auparavant il avait paru être fait de glace ou de roche. Et ce n’est que dans les bras de ce qui respire que nous pouvons nous endormir, car ce n’est qu’alors que nous pouvons être certains que nous nous réveillerons vivants. N’ai-je pas raison, mon ami ?"

xComme Jaume Cabré dans "L’ombre de l’eunuque", structurée à la manière du Concerto pour violon et orchestre d’Alban Berg, Gabriel Josipovici a agencé les trente pièces qui composent ses propres Variations Goldberg en calquant les échos entre morceaux imaginés par J.S. Bach, et en utilisant ses résonances pour, de page en page, décaler son propos pour parvenir in fine, sous les yeux quelque peu ébahis du lecteur, à englober les affres et les pièges de la création littéraire exigeante, du point de vue de l’écrivain qui y est lui-même confronté.

"— Mr Goldberg, vous m’avez été recommandé comme un homme parmi des milliers, comme un homme de lettres aussi hautement original que tout à fait professionnel. Êtes-vous en train de me dire que ni vous ni vos collègues ne peuvent accomplir la tâche toute simple que je vous ai offerte ?
— Je ne peux pas parler pour mes collègues, monsieur. Je ne peux parler que pour moi-même.
— Parlez donc, mon ami, et défendez-vous.
— Il se peut fort bien, monsieur, qu’à l’époque de la Grèce et de Rome, et même à l’époque de notre glorieux Shakespeare, un homme de lettres aurait pu accomplir cette tâche. Les écrivains de ces époques auraient peut-être pu en une journée produire pour vous une série éblouissante de variations sur n’importe quel thème de votre choix. Il vous aurait suffi de parler, il vous aurait suffi d’esquisser, même brièvement, le sujet auquel vous auriez voulu qu’ils s’adressent et, en une heure ou deux, peut-être même moins, ils vous auraient régalé des plus délicieuses fantaisies et séquences passionnantes sur le sujet de votre choix. Mais, hélas, notre propre époque est devenue bien moins inventive et plus mélancolique, et rares sont ceux qui aujourd’hui peuvent avoir à coeur « de prendre un thème au hasard pour le tordre et le retourner à volonté, le développer un peu ou beaucoup, selon ce qui paraît le mieux pour son propre dessein », comme le dit un ancien auteur qui parlait de ces choses. Car ce que désire notre volonté est devenu obscur et difficile à définir.
— Tout cela est fort bien, Mr Goldberg, mais vous avez accepté la tâche que je vous ai donnée. N’est-il pas fort peu professionnel de votre part de ne pas tenir parole ?
— Je n’ai pas dit, monsieur, que j’avais été incapable de tenir parole."

xCes trente nuits possibles, qui en condensent et transmutent au moins mille-et-une, enchâssent au moins quatre niveaux de récit, dans lesquels l’imagination toujours à la fois proprement débordante et incroyablement maîtrisée de l’auteur convoquent tour à tour, sans aucune gratuité, l’Iliade et l’Odyssée, Shakespeare, les intrications malicieuses des miroirs chers à Borges ou à Calvino, les recherches archéologiques menées sur le néolithique aux îles Orcades, la rupture amoureuse entre un écrivain contemporain et son épouse, lors d’un voyage en Suisse (incluant comme un écho surprenant de la somptueuse "Taverne du doge Loredan" (1980) d’Alberto Ongaro), un roman épistolaire presque à part entière impliquant l’épouse de l’écrivain Goldberg – mais en est-on vraiment sûr, à l’issue ? -, les archives de Paul Klee, les jeux littéraires sophistiqués d’une cour royale, l’amour enfin et peut-être surtout.

Multipliant les catalyseurs de toute nature, là où "Moo Pak" se contentait de la déambulation dans Londres, et là où "Tout passe", dans sa synthèse ultime, ne nécessitera plus qu’une chambre d’hôpital, "Goldberg : Variations" est sans doute, en toute discrétion, l’une des plus robustes sommes romanesques du cœur de la création artistique et littéraire.

"Si séparés ils restent tels. Oui. Si séparés ils restent tels. Et sont restés ainsi depuis lors, traversant naissance et mort et séparation et toits qui fuient et manque d’argent pour payer l’homme qui pourrait les réparer et tes maux de tête et mes rhumes. Vu division se rassembler. Sans pourtant jamais se fondre en un. Vive la différence ! Comme je vous aime, Mr Goldberg."

Alternant miraculeusement entre une légèreté presque primesautière et une féroce complexité construite, ce roman musical spirale allègrement dans la difficulté de la création littéraire, propose mine de rien une très intense réflexion sur la nature profonde de la littérature, et, comme le dit François Monti, Gabriel Josipovici y apporte quasiment la preuve de "l’inépuisable fertilité de la fiction". Un livre indispensable pour toute personne qui s’intéresse au mystère de la mécanique littéraire, et pour toute personne prête à jubiler au creux des méandres apparents de l’érudition mise en scène et orientée.

029-Marie

Les femmes, les aliens, les choses de l'amour...
 
Dans une société qui maîtrise le voyage stellaire mais se développe sous terre, basée sur le dégoût de l'organique et la connexion permanente, les gens assourdissent leurs sens et chargent leur implant DC de filtrer/augmenter la réalité. Dans ce contexte de désincarnation et d'aseptisation maximales, une chaîne underground de media gonzo propose à une professeure de participer à une excursion « Alien Sex » en compagnie de 11 autres filles, le but étant bien sûr de filmer et commenter clandestinement l'expérience.
 
029-Marie est hantée par une faute et un spectre. Dans un monde où se frôler est un tabou, elle a laissé un homme la blesser et lui faire l'amour. Et cet homme est mort, lui laissant un réseau de cicatrices terribles et enfant qui lui ressemble trop. 029-Marie accepte, et elle est douée. Embarquée comme journaliste en immersion dans une croisière étrange sous la houlette de 006-Cindy, elle s'abandonne à des expériences de plus en plus extrêmes : la tendresse, l'orgasme, la douleur, la mort...
 
Sous terre, les vidéos font un tabac et le voyeurisme se généralise. Chanel 7 pense à l'avenir, il faut diversifier, aller plus loin. Ils embarquent 065-Marc dans un programme miroir :
 
F.A.S.
FEMALE ALIEN SEX
Des extraterrestres brûlantes de désir !
Envoûtantes, violentes, terrifiantes !
Des corps étranges, des pratiques sidérantes,
des images à couper le souffle !
Et n'hésitez pas à commander,
depuis votre tablette, en toute confidentialité
et pour 3 500 kubiks seulement, les robot-figurines des créatures de votre choix.
La figurine humaine, mâle ou femelle, est offerte
(dans la limite des stocks disponibles).
 
Sauf que 065-Marc n'est pas un saint. Pas de quête intérieure pour lui. S'il pourrissait en prison, c'est pour avoir brisé des proches en « bricolant » leur DC. Et le haker pervers a vite fait d'échapper à tout contrôle.
 
Le roman explore les multiples facettes de ces deux trajectoires, chacune impulsant des bouleversements plus ou moins profonds chez les téléspectateurs, l'une par l'abandon, l'autre par l'intrusion.
 
Si Franck Manuel utilise à très bon escient l'esthétique de la SF des années 70 (extraterrestres délirants, voyages stellaires, cryogénie, connexion permanente...) son propos n'est cependant pas dans le fonctionnement d'une société contrôlée et aseptisée, ou dans les changements qui s'annoncent en son sein (ou pas). Franck Manuel s'attache à l'intime, à l'exploration d'un corps à vif, et à cette réconciliation difficile avec soi-même.

Malgré son accroche, 029-Marie n'est pas vraiment un roman fun. Emouvant, tour à tour organique et froid, extrêmement riche, oui.